Dans un récent article du quotidien britannique the Telegraph, Paul Pontalier, directeur du Château Margaux, a indiqué que le premier cru classé médocain menait des expérience de bouchage à vis depuis quelques années : “C’est vrai, nous faisons des essais depuis quatre ou cinq ans. Mais il est beaucoup trop tôt pour décider d’utiliser ce type de bouchage sur nos vins, qui sont faits pour la garde.”

L’article cite également le cas du Domaine de la Romanée Conti, qui se livrerait à des expériences similaires mais dont la direction a préféré ne pas commenter l’information du quotidien britannique. Ce dernier cite toutefois deux producteurs bourguignons qui ont expliqué au Figaro leur choix de la capsule à vis, et pas seulement à l’entrée de gamme.
Le premier, Jean-Claude Boisset, utilise ce type de bouchage pour un tiers de sa production cette année (200 000 bouteilles en tout), dont son Chambertin Grand Cru. Grégory Patriat, en charge de l’embouteillage chez Boisset, déclare : “Nous avons commencé par le haut de notre gamme car nous sommes convaincus que les capsules à vis sont parfaites pour les vins de garde, car elles protègent le vin de l’oxydation, mieux que le bouchon.”
Pour le second, Renaud Laroche du groupe Laroche, le choix des capsules à vis s’est imposé comme celui du bon sens : “«Nous avons eu beaucoup de soucis avec les bouchons en liège en 2001. Après quoi, nous avons fait beaucoup de dégustations et nous avons retenu la capsule à vis. Des lots entiers de bouteilles ont été défectueuses. Aucun constructeur automobile n’accepterait qu’une voiture sur dix soit défectueuse !» Le groupe Laroche encapsule désormais 60 % des 8,2 millions de bouteilles produites annuellement, dont les bouteilles de son Chablis Grand Cru Réserve de l’Obédiance (79 €). Selon Renaud Laroche, la progression de cette proportion devrait marquer un temps : «Certaines catégories resteront fermées par des bouchons en liège. La capsule est une excellente solution pour les vins blancs, mais son avantage reste à prouver pour les vins rouges de garde»

La progression des capsules à vis est impressionnante, avec 2,5 milliards de bouteilles bouchées de cette manière en 2008 (sur les 17 milliards de bouteilles produites dans le monde), alors qu’elles ne représentaient que 300 millions de bouchages en 2003. 90 % des vins néo-zélandais et 60 % des vins australiens sont auourd’hui capsulés à vis, d’après Alcan Packaging, leader du marché. Robert Parker a quant à lui fait le pari que les bouteilles bouchées au liège seraient minoritaires en 2015.

© vitisphere.com

Vente à l’aveugle - 1jour1vinLe concept proposé par 1jour1vin est simple et particulièrement amusant : le vin est commenté, le domaine présenté, avec suffisament d’indices pour essayer d’identifier le vin et sur ces bases, l’amateur un peu joueur se jette à l’eau et commande quelques bouteilles. De plus, peu de risque vu que l’opération est garantie ’satisfait ou remboursé’.

Pour découvrir les prochaines offre, inscrivez-vous (Vinogusto vous parraine).

Bodega PoesiaBodega Poesia est l’aventure Argentine débutée en 2000 d’Hélène Garcin et Patrice Lévêque, expatriés volontaires des vignobles Garcin, regroupant le domaine du Clos de l’Eglise (Pomerol), le Château Branon et le Château Haut-Bergey (Pessac-Léognan), et le Château Barde-Haut (Saint-Emilion Grand Cru).
Bodega Poesia est un domaine qui élabore ses vins sur l’une des plus vieilles vignes de Mendoza. Plantée de Malbecs et Cabernets Sauvignons en pieds francs datant de 1935, la propriété est située au cœur de Lujan de Cuyo à 900 mètres d’altitude, lieu historique, communément reconnu comme « primera zona » pour le Malbec Argentin. Le travail traditionnel du vignoble est respectueux de l’environnement, aucun pesticide ou herbicide n’est utilisé. La production faible d’environ 20 hectolitres par hectare, ainsi que des vendanges manuelles, en cagettes de 15 kilos, permettent de préserver les qualités naturelles des raisins. Les vinifications s’effectuent dans de petites cuves en bois et acier inoxydable de 50 à 120 hl. L’élevage des vins dure entre 12 et 18 mois, en barriques de chênes français d’un vin ou neuves spécialement importées de Bordeaux. Ces méthodes traditionnelles et respectueuses contribuent à élaborer ces produits rares.

Le but poursuivi est d’exprimer au travers des vins d’assemblage ou de cépage de Bodega Poesia l’identité d’un « terroir » comme Hélène et Patrice le font pour leurs grands crus de Bordeaux. Ils sont aidés en cela par leur ami et conseiller Alain Raynaud, propriétaire du Château La Croix de Gay (Pomerol). En tant qu’interprètes, ils recherchent l’équilibre et l’élégance, c’est donc avec un souci permanent du détail qu’ils produisent leur gamme, dont Clos des Andes et Pasodoble. Un véritable trait d’union entre leur vision bordelaise et cette terre Argentine.

Pasodoble 2005Tenter l’assemblage à parts égales de la Syrah et ses notes épicées, du Malbec très corsé et du Cabernet Sauvignon très raffiné, et ce en terre argentine n’avait pas eu de précédent jusqu’ici ! La cuvée Pasodoble est né de l’expérience acquise par Hélène Garcin et Patrice Lévèque, aux sein des vignobles Garcin à bordeaux, et d’une parfaite connaissance des terroirs de Mendoza. Le Pasodoble 2005 est un vin très expressif, à forte identité Argentine, sur des notes de petits fruits rouges, à la structure fine et élégante. Un excellent rapport qualité-prix !

Clos des Andes 2001L’Argentine est réputée pour être l’un des pays d’Amérique du Sud les plus favorables à la culture de la vigne, et la province de Mendoza un écrin aux conditions géologiques et climatiques optimales. C’est là que s’épanouit le cépage phare de la région, le malbec, dans l’une de ses plus belles expressions. Les 5 hectares de vieilles vignes de malbec de la Bodega Poesia sont cultivés sans ajout chimique, sur un sol argilo-limoneux avec graves en sous-sol. Ils donnent entre autres cette cuvée Clos des Andes, qui se révèle en 2001 particulièrement savoureuse et est aujourd’hui à parfaite apogée. Une valeur sûre, à découvrir !

Ou trouver les vins ?

Les vins de la Bodega Poesia sont notamment commercialisés lors des ventes privées organisées par 1jour1vin. Pour y accéder et être averti des prochaines opportunités, il suffit de s’inscrire sur le site de 1jour1vin (Vinogusto vous parraine).

Imaginer pouvoir évoquer le vignoble médocain en un post est aussi illusoire que de vouloir visiter le Musée du Louvres à Paris en une après midi. La richesse, et la qualité de son terroir viticole n’ont d’égal que la quantité et le prestige des vignobles, domaines et appellations qui s’épanouissent dans cette partie du Bordelais, entre l’Atlantique et l’estuaire de la Gironde : Médoc, Haut-Médoc, Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe, Saint-Julien, Moulis et Listrac-en-Médoc.

siteloudenne.jpg

L’on peut cependant, en toute simplicité, imaginer un circuit qui rayonnerait de Pauillac et ferait quelques incursions vers ses appellations voisines, le long de ce paysage surprenant où la Gironde semble caresser les vignes. Un circuit qui suivrait la fameuse Route des Vins du Médoc, la départementale D2, qui relie Bordeaux à la Pointe des Graves.

Pauillac
Pauillac est une des grandes appellations du Médoc depuis 1936. Elle s’étend sur près de 1100 hectares, à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux. Cette commune ne compte pas moins de 37 domaines viticoles dont 18 Grands Crus Classés en 1855 parmi lesquels les fameux Château Lafite Rothschild et Château Latour.

Vinifiés uniquement en rouge, et réputés pour leur qualités de longue garde, leur caractère profond, minéral et structuré, les vins de Pauillac ne se limitent pas à ces noms prestigieux. Et un séjour dans l’estuaire de cette charmante bourgade rend très agréable la familiarisation avec une tradition ancestrale. Véritable pierre angulaire des circuits du Médoc, Pauillac est une charmante ville desservie par un petit port de plaisance. Outre la nature qui a façonné ce paysage unique, de nombreuses activités concurrent à la mise en valeur de ce terroir pour le moins séduisant : la Fête de l’Agneau de Pauillac (18 mai) met la gastronomie à l’honneur, tandis que la Maison du Tourisme et du Vin de Pauillac offre tous les jeudis de juillet et août, une dégustation gratuite en compagnie des viticulteurs.

img_2198.jpg

Gastronomie
Le mouton du Médoc est réputé pour la légère blancheur et la saveur exceptionnelle de sa chair. Enrobé de mie de pain persillée, rôti avec des pommes de terre sautées garnies de fines lamelles de truffes, le met confine au divin.
L’entrecôte à l’échalote, le magret poêlé ou les palombes, ortolans et bécasses, ne laisseront pas plus indifférents les palais à la recherche de plénitude.
Enfin, les pibales (civelles), jeunes anguilles qui remontent l’estuaire, ainsi que les écrevisses, sont autant d’invitation à découvrir les trésors offerts par la Gironde.

Domaines
Au départ de Pauillac et de ses somptueux châteaux, il est possible et même aisé de rayonner sur un partie du vignoble médocain, à la découverte des appellations Pauillac, Médoc, Saint-Julien et Saint-Estèphe.

vignoble-pontet-canet.JPG

Pauillac
Château Pontet-Canet
Château Lynch-Moussas
Château Peyrabon

Médoc
Château Les Ormes Sorbet
Château Haut-Maurac
Château Loudenne

Saint-Julien
Château Lagrange
Château Branaire-Ducru
Château Ducru-Beaucaillou

Saint-Estèphe
Château Andron Blanquet
Château Lilian Ladouys
Château Montrose

A noter dans l’agenda, cet évènement majeur de l’année viticole qu’est le Printemps des Châteaux (12 et 13 avril) : soit 52 domaines viticoles qui ouvrent leurs portes aux visiteurs, gratuitement et sans rendez-vous, et proposent leurs vins à la dégustation.

Se loger
Chambres d’hôtes
La Hourqueyre
Le Domaine du Bel Air
Beau Séjour

Gîtes
La Chenaie
Les Vendangeurs

En savoir plus
Maison du tourisme et du vin de Pauillac
Le blog professionnel du réseau oenotouristique “Destination Vignobles en Médoc”
Un carnet de voyage touristique en Médoc (pdf)
Conseil des vins du Médoc
Chambres d’hôtes en Médoc

beau-sejour.jpg

Alain Brumont est Gascon. Cela se lit, s’entend, à travers des mots qui vibrent et claquent comme les galets des Pyrénées. Cela se goûte dans ses vins de Madiran: Montus et Bouscassé. Lancez le sur un mot - au hasard, tannat, ce cépage robuste, noir et intense qui est le coeur du Madiran - et il vous en servira une tirade où la gourmandise et la truculence s’en vont bras dessus-bras dessous pour vous attirer irrésistiblement en ses terres.

chmontus19982000.jpg

Quelle est l’histoire de votre vignoble ?
Je suis né sur le site, à Madiran. Ma famille y est installée depuis 7 à 8 générations. Mes parents étaient dans la vigne et mes arrières grand pères étaient célèbres dans le vin, ça remonte bien à la fin du 19e siècle. Ils ne connaissaient pas la mer mais, par contre, les meilleurs maîtres de chai sur plusieurs générations. On utilisait à cette époque le Madiran pour améliorer les autres vins. Puis, le Madiran a séduit par sa générosité, son tanin, sa couleur noire, ses degrés excédentaires. Toutes les qualités que lui confère le cépage tannat. Ce fut une étape importante. Vous savez, je ne crois que ce que je vois. Ce que je vois, c’est ce qui est exploitable. A une époque, le Madiran a été un grand vin, mais celui-là, on n’en a plus la trace. Il y a eu un coup d’arrêt lors de l’attribution de l’appellation contrôlée en 1948. Il faut savoir qu’entre environ 1870 et 1907 il y avait une législation, une sorte d’AOC en interne : la dégustation était obligatoire pour que le vin puisse être vendu. Il y a une règle qui demande que l’on attende 40 mois avant dégustation. Nous avons une bouteille de Montus XL qui est une cuvée de 40 mois. Vous imaginez qu’il faut attendre longtemps, et trouver toute sorte de solution pour déguster, car la bouteille ne se laisse pas ouvrir aussi facilement. Pour un épanouissement idéal, la règle est qu’il faut multiplier le nombre d’années d’élevage par lui même avant d’ouvrir: 4 années d’élevage, multiplié par 4, soit seize ans. Un Montus XL 1994 serait idéal aujourd’hui. Durant un demi siècle ça s’est passé comme ça. J’ai débuté en 1985. En 1982 j’avais fait ma première école. Mais 1985 correspond à l’année du premier vin qui a bouleversé les Bordeaux et Bourgogne, le Château Montus Cuvé Prestige. En confrontation avec les meilleurs Bordeaux, il a toujours été super bien classé. On a gardé cette place 23 ans après. J’organise des dégustations avec mes vins de tête pour les dégustateurs du monde entier, qui confirment cette situation. On a été comparés dans plusieurs top 100, ou des rendez vous plus concentrés, les 20, 30 meilleurs vins du monde – je peux vous dire qu’en classements, il y en a pour tous les goûts. Je suis personnellement fier de nos primeurs. Depuis 20 ans, dans ma propriété, on les travaille bien. C’est un phénomène remarquable hors de Bordeaux, ça représente 50-60¨% de notre production. On tient la comparaison avec les grands vins.

Pourquoi, à votre avis ?
Tout cela on le doit au terroir, au tannat et à nos vins atypiques. On travaille toujours dans le sens du cépage. On travaille avec chirurgie les grappes sur plus de 180ha. Chacune est calibrée au grain près. On travaille d’arrache pied, je peux vous dire. Je m’intéresse aux nouvelles technologies, au travail du raisin. Le plantage des rangs, le calibrage des feuillages, l’espacement des grappes de 10-15cm pour que le soleil puisse en faire le tour. Durant les vendanges, on laisse le raisin au ras de terre ou sur les galets pour poursuivre sa relation avec le terroir. Il est important de protéger le sol : il doit le sentir, pour amener tout cela à la bouteille.

558_1.jpg

Vos cépages sont durs à travailler ?
95% des grands terroirs de Madiran étaient abandonnés il n’y a pas si longtemps. Et c’était pas à cause du phylloxera. Il y avait des terres franches de pied. On a fait du marcottage : au bout de 30 ans, 50% seulement sont devenues franches de pied. Dans les vignes, il faut pouvoir travailler les pentes, toutes semées de gros galets. C’est très difficile. Plutôt que le phylloxera, on a souffert d’une désertion de la vigne, au gré de l’appel des usines. Pour les jeunes, travailler 70h à l’usine était préférable aux vignobles.

Exister par rapport ou Bordeaux et aux autres grands vins est une vraie préoccupation ?
C’est curieux. Bordeaux, c’est l’étranger pour nous, qui sommes dans le cœur du sud ouest. J’ai pas demandé à être comparé aux Bordeaux et Côtes-Rôties. On peut simplement faire un grand palmarès avec le tannat. Entre Bordeaux et Bourgogne, on est content de trouver du vin et des vignerons avec de la personnalité. Et puis, vous voyez, on est proche des Pyrénées : il y a une trilogie de vin qui s’installe depuis 6 ans : Madiran, Priorato, Ribera del Duero . C’est extraordinaire. On trouve de nouveaux découvreurs de vins qui sont passionnées par cette trilogie. C’est une trilogie nouvelle, qui amène un message nouveau qui arrive avec cette trilogie. Depuis 15 ans, c’est à la mode de visiter les vignobles du sud ouest. J’obsèrve deux clientèles différentes : une qui se positionne par l’argent et ce qu’il permet d’acquérir et l’autre qui est émue par la qualité. Quand on a moins d’argent on est obligé d’être plus intelligent. Dans les vins du midi, il y a Hervé Bizeul, qui monte assez fort. Il a une vraie une philosophie du terroir. Il amène une certaine personnalité dans le midi.

bouscasse.jpg

Justement, en parlant de philosophie…
Le tempranillo, c’est une lutte de cépage, de climat, de terroir. Le Madiran est un terroir personnalisé : il a le plus grand écart de température jour/nuit. Un terroir et des hommes de tempérament. On est dans la sincérité, l’authenticité. On aime les gens qui disent apprécier des vins tendus, profonds, puissants, élégants, intelligents. Qui ne se contentent pas de consensuel. Les vins du nouveau monde nous ont beaucoup apporté. Il y a un retour de l’Europe pure et dure à ce niveau. La rencontre du trios cépages tannat, tempranillo et grenache commence à beaucoup plaire. Je découvre 7 à 10 tannats par an. Il a une superbe acidité dans les pays chauds, beaucoup d’acide tannique. En plus, on est dans une zone protégée : à 70 km à la ronde, pas de dioxine. Je surveille l’eau depuis 50 ans. Je profite aussi d’un environnement de qualité avec ces collines. Le tannat et le Château Montus sont issus d’un terroir unique, le dernier mamelon, le dernier tumulus des Pyrénées, fait de pentes et de galets. Pour le Bouscassé, on marie du tannat à la terre argilo-calcaire. Le tannat a bousculé la hiérarchie pour la 1ere fois. Les vignerons gascons ont une philosophie attachante. On se réunit, on s’échange ses bouteilles «pirates», sans étiquette, entre vignerons de passage.

On visite votre domaine ?
Mais quand vous voulez! Venez prendre le temps de sentir ce qu’on fait ici, mais aussi à Jurançon, rencontrez les vignerons. Chez nous, on ouvre de plus en plus au public. L’intérêt d’un vigneron est d’avoir un bon nombre de clients qui le sollicite. C’est un travail de relation directe : intéresser, encourager l’ouverture d’esprit. Je fais des soirées de dégustation depuis 5 ans : je ne peux jamais dire la même chose. Je n’y peux rien, je suis vivant. Je reçois beaucoup, mais je tiens à travailler dans la vigne, c’est le plus important. Mais organiser une porte ouverte, c’est une organisation. Je monte des défis : Château Montus face aux 10 grands vins du monde. Et puis un événement qui me tient cœur : «Madiran intemporel», 4 sortes de Madiran à travers les âges. C’est intéressant car on n’est plus dans le subjectif, les styles de vin se bouleversent. Enfin, je fais des journées primeur en weekends à partir du 12 avril : 25 vins (blancs, rouges, moelleux) de 2007. On déguste le primeur en barrique et des vins proche du millésime à leur apogée. C’est exactement là que l’amateur se mélange au professionnel. Selon moi, d’ailleurs, tout le monde est professionnel. On fait goûter les différences de techniques dans les vins. C’est pédagogique, mais on reste loin des discours stéréotypés. Il faut dire la vérité.

 

chateau-montus.jpg

 

Notre deuxième étape provençale nous emmène non loin des rives du Rhône Méridional, entre Vaucluse et Alpes de Hautes Provence. Surplombant les vignobles, gardien d’un terroir ancestral, le Mont Ventoux règne en bon père de famille sur une terre gorgée de Gigondas, Vacqueyras, Châteauneuf-du-Pape, Côtes-du-Ventoux et Côtes-du-Lubéron.

 

coquelicots_et_vignes.jpg

Aux pieds du Géant de Provence, de Vaison la Romaine à Apt en passant par les dentelles de Montmirail, les forêts du Lubéron, Carpentras, Gordes et Roussillon, plusieurs circuits offrent la possibilité de découvrir les vignobles, tout en profitant des attraits incontestables de la région.

Vaison la Romaine et Beaumes de Venise

Depuis les flancs du Mont Ventoux jusqu’aux Dentelles de Montmirail, des vues à couper le souffle. L’antique berceau de la vigne et de l’olivier offre vestiges romains et villages perchés, que relient de bien agréables routes buissonnières bordées de chapelles et de châteaux.

Domaines
Domaine du Champ-Long, Le Mas de Flauzières, Domaine de la Pigeade, Domaine Bouletin, Xavier Vignon, Domaine de la Bouissière, Maison Arnoux et Fils

Se loger
Chez Christiane et Georges Moulin
Gîte les Syrah

La Calade

Mas des Abeilles

Du Mont Ventoux à Carpentras

Ici, le Géant de Provence a les pieds plongés dans une mer de vigne. On n’appelle pas cette région le Piémont du Ventoux pour rien: les regards se perdent dans l’lignement des cépages et le long des sentiers vignerons ancestraux. Les producteurs œuvrent à la reconnaissance de leur savoir faire, dont le fruit est un vin aromatique et gorgé de soleil.

Domaines
Cave saint Marc, Clos des Patris, Domaine Chaumard, Domaine de Marotte, Les Hauts de Bacchus

Se loger
Au mas de Bonnety
La Pastourale
Domaine de Marotte

vignes-montmirail.jpg

De Carpentras au plateau de Sault

Toute l’aridité provençale semble ici concentrée et offre un contraste saisissant avec les précédents paysages, plus luxuriants. La succession de plateaux et de collines où pointent quelques belvédères ne constitue pas moins un spectacle grandiose aux yeux du visiteur.

Domaines
Domaine le Grand Vallat, Château Unang, La Ferme Saint Pierre, Château Tour des Genêts, Les vignerons de Canteperdrix, Domaine de Fondrèche

Se Loger
Le Tamaris
Le Mas des Palmiers
Domaine de la Grange Neuve

Gordes – Roussillon - Apt

Reliant Gordes au « petit Colorado » de Roussillon et de Rustrel, les Monts de Vaucluse, qui flirtent avec le Lubéron tout proche, exigent une étape un peu plus longue, mais toujours à l’abri des flux estivaux. Ici, les minéraux, roches ou terre, sont des joyaux, et les sens succombent au charme du pittoresque. Les férus d’histoire apprécieront l’Abbaye de Sénanque, en contrebas de Gordes, et l’église romane de St Pantaléon, tandis que les adeptes du farniente se prélasseront sur les terrasses ombragées d’un village au nom plutôt engageant : Viens.

Domaines
Domaine des Cancelades , Château de l’Isolette , Domaine de Mayol , Domaine de Tara , Domaine de Lauvières

Se loger
La Bergerie du Lubéron
La Partide
Relais de Roquefure
Le Logis
La Voie Lactée

 

desert-colorado-rustrel-luberon-420.jpg

« Il n’y a pas de Provence. Qui l’aime aime le monde ou n’aime rien » En disant cela, Jean Giono résume la complexité qu’il y a à vouloir cerner la Provence, lui soumettre une étiquette géographique précise, et exprime la passion qui se dégage de son histoire, de son terroir et de ceux qui le font vivre.

Vigne provençale et borie

La Provence se couche de part et d’autre du Rhône méridional, pour aller se baigner aux côtes de la Méditerranée et s’appuyer sur les flancs des Alpes qui jouxtent l’Italie. Pays aussi généreux qu’insaisissable, où les limites géographiques, floues, chevauchent allègrement les délimitations des vignobles et leurs appellations. Ainsi, la culture viticole provençale épouse une partie des vins de la Vallée du Rhône (Côtes du Ventoux, Gigondas, Côtes du Lubéron…), distincte du vignoble de Provence stricto sensu. Faisons donc étape -ce qui nous permettra en outre de prolonger le plaisir de la découverte en la multipliant par deux- et penchons-nous en premier lieu sur le vignoble provençal dans ses appellations classiques : Côteaux d’Aix-en-Provence, Côteaux varois, Côtes-de-Provence, Bandol, Cassis.

Terroir et gastronomie
Toutes ces AOC sont l’expression d’un terroir aux facettes multiples, qui fleurit du sud d’Avignon à la pointe des Alpes Maritimes. Terre de soleil, auréolée d’une imagerie constellée de cigales, de lavandin, de partie de belote, la Provence semble conserver toute sa chaleur lors des saisons d’automne et de printemps, que l’on conseillera vivement de choisir pour découvrir en toute quiétude des vignobles gorgés de touristes en été.

Doit-on vous en convaincre? La gastronomie provençale est une pure merveille, où se côtoient classiques absolus et plats méconnus, à redécouvrir sans cesse pour leurs saveurs herbacées et leurs préparations riantes : bouillabaisse, ratatouille, aïoli, salade niçoise, mais aussi anchoïades, tians d’agneau ou de poisson, daube de bœuf, beignets de fleur de courgette, tapenade, soupe au pistou, pieds paquets… En période de chasse, sanglier, bécasses, grives et lièvres viennent honorer bien des tables.

Aïoli provençal

Visiter les vignobles
L’accueil est sans doute une des vertus provençales qui s’expriment le mieux hors des moments d’affluence… on aime y prendre le temps, gratter l’écorce rugueuse des contacts estivaux trop furtifs pour aller à la rencontre de l’autre et lui faire partager ses passions. On n’ira pas jusqu’à vous révéler LE coin à champignons (tout au plus un endroit pour vous distraire en grappillant, ravi, quelques poignées de chanterelles), mais la générosité du partage, la chaleur de la parole constituent déjà de biens beaux présents.

Coteaux varois
Une appellation au nord de Toulon qui date de 1993. Encore en plein développement, elle cohabite avec une tradition de coopératives et de vins de pays varois qui valent certainement leur petit détour.

Château La Lieue

Domaine de Fontlade

Les Caves du Commandeur: coopérative de Montfort-sur-Agens où le vin de pays varois prend ses lettres de noblesse.

Coopérative Le Cellier de Saint-Louis

Se loger
La Dryade
Les Adrets

Côtes-de-Provence
La zone géographique de cette appellation qui s’étend de Trets à Saint-Raphaël, est coupée en deux par les côteaux varois, laissant la place à deux appellations régionales : Les côtes-de-Provence Sainte-Victoire au nord-est de Marseille et les côtes-de-Provence Fréjus, à l’est. Nous sommes ici au cœur du vignoble provençal traditionnel, entre Bouches du Rhône, Var et Alpes Maritimes, où le vin rosé, héritier des jadis fameux «friands vins de clérets de la Provence» selon l’expression de Mme de Sévigné, règne en quasi maître (60 % de la production) :

Château Du Rouët

Château Mouresse

Domaine Saint-André de Figuière

Château du Galoupet Saint-Nicolas : là, le rouge n’est pas en reste, comme en témoigne fièrement son cru classé 2005.

Château de Berne : à Lorgnes, une adresse certainement à surveiller de près ces prochaines années.

Se loger
La Cabane d’Esteban
La Cagnardette
Les Cigales

Automne dans les vignes provençales

Coteaux d’Aix en Provence
Obtenue en 1984, l’AOC rend hommage aux efforts déployés par les vignerons de cette région pour mettre en valeur un terroir enraciné dans une tradition ancestrale qui n’a pas encore dévoilé toutes ces merveilles aux papilles du monde. A tenter : La route des vins.

Domaine Naïs

Château Bauféran

Se loger
Les Lauriers Roses

Bandol
AOC depuis 1941, le Bandol est ancré dans la longue tradition phocéenne, qui plonge au cœur du 5e siècle avant notre ère. Ce cru à base de Mourvèdre a littéralement traversé l’histoire pour offrir son alliage de puissance et d’onctuosité. Pour ne rien gâcher, les vignes sont idéalement situées dans des décors de rêve à deux pas de la Méditerranée. Si vous y séjourner début décembre, ne pas louper la Fête du Millésime.

Domaines Bunan

Château Vannières

Domaine de Frégate

Domaine de l’Olivette

Se loger
Les Vignes de Terrisse
Villa Thocha
Lou Pero Mousco

Cassis
C’est la plus vieille appellation de Provence (1936). Rien que le nom est en soi un voyage visuel et gustatif, dont la puissance d’évocation n’a d’égal que la renommée de ses blancs secs et ronds aux notes florales.

Domaine du Paternel

Domaine de la Ferme Blanche

Se loger
Villa des Fleurs
Gîte Le Julot

Villa des Fleurs

Ami belges ou de passage dans nos régions, poussez la porte d’Espacevin Pirard à Genappe, à 20 minutes de Bruxelles, découvrez une belle sélection de vins provençaux et profitez des conseils avisés, toujours offerts avec le sourire en prime, peuchère.

 

Initié par Laurent Foubert depuis sa jolie cave parisienne Chez Pantagruel et relayé par son site Vinorazzia, le Projet Noé vise la reconnaissance de l’identité culturelle et gustative des vignobles, français ou étrangers. Il s’est donné un objectif audacieux : faire inscrire par l’Unesco les vignobles au patrimoine immatériel de l’Humanité.

noe-vignes.jpg

 

L’auteur de cet appel, ainsi que les signataires, entendent sensibiliser vignerons, professionnels et passionnés du vin du goût afin de “défendre cette entité culturelle, naturelle et gustative unique qu’est l’AOC“. Il s’agit ici de préserver les pratiques culturales, les savoirs faire, les paysages et le terroirs d’une évolution du grand marché du vin qui, pour répondre à la crise que vivrait le vin français, tend à vider de leur substance les appellations et le terroir dans lequel elles plongent leurs racines, et menace l’intégrité de ce patrimoine culturel.

L’initiative se base sur la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel du 17 octobre 2003, entérinée en 2006. Le Patrimoine immatériel y est défini comme creuset de la diversité culturelle et garant du développement durable, patrimoine culturel transmis de générations en générations, recréé en permanence par les communautés et les groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de l’histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité“.

Histoire, mémoire collective, pratiques sociales ritualisées et festives, patrimoine, connaissance d’un terroir et savoir-faire locaux transmis de génération en génération : c’est tout à fait naturellement que les AOC se situent au carrefour de ces notions. “Au-delà du simple paysage, l’homme est intervenu au sein de la nature et du vivant pour en faire un véritable patrimoine, par l’intermédiaire de la vigne. C’est de ce patrimoine que les AOC tiennent leur légitimité et leur raison d’être“, affirme l’auteur du projet dans son communiqué.

Concrètement, l’inscription au patrimoine immatériel de l’Humanité vise, à l’aide d’une batterie de mesures (Protection, promotion, information, campagne de sensibilisation auprès du grand public, programmes de recherche et de formation des acteurs) à protéger les AOC et leurs vignobles de certaines pratiques liée à l’industrialisation de la filière : l’utilisation du cépage plutôt que de l’appellation comme identifiant unique, les traitements chimiques, l’abandon de terrains considérés comme inadaptés aux méthodes d’exploitation industrielle, la perte des savoirs faire, qui génèrent in fine la dissolution des relations humaines inhérentes au travail du vigneron et aux délices du dégustateur. Les conséquences font frémir : négation du rôle du terroir, menace portée à la diversité via la disparition des cépages locaux, des savoirs faire traditionnels, des entités culturelles enracinées dans la relation vin-terroir-hommes, perte incontestable du plaisir.

L’ inscription au patrimoine immatériel, permettrait de sensiliser l’opinion quant aux moyens donnés à la sauvegarde du patrimoine viticole et des comportements sociaux positifs (transmission, convivialité, diversité, plaisir,…) qu’il implique, en mettant en avant l’idée d’économie éthique, de développement durable, de valorisation et de respect des cultures.

Une initiative qui tente de rétablir autour du vin et de son identité une pédagogie et une information (plus qu’un discours) ainsi que des actions qui respectent non seulement sa diversité, mais aussi et surtout, le plaisir de l’amateur, du passionné, du dégustateur, voilà en ce début d’année une solide matière à méditer, pour se conscientiser, modifier ou affirmer ses habitudes, ou encore s’engager.

 

Plusieurs instances, personnalités, domaines, vignerons, et non des moindres, ont porté leur soutien à ce projet : Benoit Tarlant (Champagne), Jacques Selosse (Champagne), Xavier Gonet (Champagne), Daniel-Etienne Defaix (Châblis), Abbaye de Valmagne (Languedoc), Domaine Bunan (Bandol), etc.

Retrouvez la plupart de ces signataires dans les minireportages vidéos réalisés par Laurent Voubert lors de ses rencontre avec les vignerons. Epatants.

Le Domaine de la Mordorée est la création de Christophe Delorme. Situé tout proche d’Avignon, entre Provence et Languedoc, il produit parmi les plus beaux crus d’appellation contrôlée: Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Tavel et bientôt Condrieu. Il propose également de remarquables vins de pays. Son vignoble s’est établi contre les vents et marées d’une tradition locale peu encline à accepter ses techniques de culture et de vinification exigentes et soucieuses du respect de la terre et des hommes.

Christophe Delorme

Homme de conviction, certes, mais aussi de succès, grâce notamment à la qualité et au renom de son Châteauneuf-du-Pape La Reine des Bois, Christophe Delorme a acquis une place de choix dans le pinacle des jeunes vignerons audacieux et visionnaires. Il faudra compter avec lui désormais. Un entretien à chaud, bouillonnant, passionnant et sans concessions, au terme duquel on ne souhaite qu’une chose, accompagner un jour Christophe à travers ses vignes, admirer avec lui les tumicules et guetter l’envol des bécasses, ces reines des bois qui donnent son si joli nom au Domaine.

 

Comment avez vous décidé de vous lancer dans le vin, créer votre domaine?,
A la base, je ne viens pas à proprement parler d’une famille de vigneron. Mon père était industriel. J’ai fait une école de commerce et n’avais pas dans l’idée de me lancer dans un vignoble. Ma mère par contre a des vignerons dans sa famille, à Tavel, depuis le 16e siècle. En 1986, mon père a arrêté ses affaires. Nous avions un vignoble en fermage. J’ai eu la possibilité de le reprendre, je m’y suis lancé alors que je n’y connaissais rien. J’ai rencontré beaucoup de vignerons. Vous savez, dans la région, on est assez têtus, on se fie à son intuition. La passion venant, on apprend très vite. J’ai vite découvert que ne pas écouter les autres, c’est très bien. Dans les premières réunions de producteurs auxquelles j’ai assisté, il y avait des gens imposants, des personnes importantes dans l’appellation, qui déblatéraient leurs discours. Je les écoutais patiemment, bien sûr, et avec respect. Mais j’avais comme un goût amer en sortant. Tout cela me paraissait idiot. Et croyez-moi, la bêtise, ça se transmet de père en fils. Attention, il y a des gens extraordinaires dans le milieu vigneron, à Châteauneuf, à Vacqueyras. A Tavel, c’était plus rare à l’époque, même si maintenant ça a changé. Il y avait une pépinière de gens incompétents qui voulaient constamment me dire ce qu’il fallait faire : méthode culturale, procédé de vinification. J’ai choisi ma façon de faire. J’ai fait beaucoup de bêtises et connu quelques échecs. Le risque c’est d’avoir à le payer toute sa vie. Mais il y a aussi des bonnes intuitions, et, avant tout, une volonté de bousculer les choses.La tradition n’est pas une valeur en soi, car elle peut être synonyme de médiocrité. Il faut la bousculer, s’adapter. Nous sommes dans une région privilégiée, un terroir extraordinaire. Mon grand père s’est battu pour avoir l’AOC à Tavel. C’était une des premières en France, avec Châteauneuf-du-Pape. Les gens à cette époque se sont battus avec un courage extraordinaire. La génération suivante s’est trop reposée sur le travail des anciens et a conduit la région à la catastrophe. Au début des années ’70, il y a eu le grand virage de la chimie, les insecticides, le désherbant. Les vignerons alors pensaient se simplifier la vie, ils ne savaient pas ce qui en découlerait. En 1980, on savait que c’était une impasse : on mettait en danger sa santé, celle de ses voisins, de ses clients. On portait atteinte à la qualité issue de notre région. Ma grande fierté, plus encore que d’être encensé par Parker ou d’obtenir des bonnes notes dans les guides, c’est d’avoir stoppé cette méthode, d’avoir récupéré les terroirs morts, sans vie. Après 10 ou 15 ans, ils redeviennent des sols vivants, intéressants. On m’en veut encore beaucoup, mais ça m’est égal.

A la place des vins qui sont le reflet des cépages, de la vinification, de la fermentation, je préfère les vins qui sont le reflet d’un terroir. Et ça change tout : ça engendre des choses complexes, uniques, pas toujours facile à apprécier dans l’immédiat, mais rares et précieuses pour qui veut prendre le temps. Voir les tumicules sur les sols - vous savez, les déchets rejetés par les lombrics- ça me rend heureux plus que tout autre chose, car je vois que le sol est vivant. Ça, ça ne se comptabilise pas dans le prix de la bouteille. C’est une question de travail bien fait, d’éthique. Selon moi c’est la voie à suivre. Cela se ressent en termes de qualité, c’est incomparable. La génération de mes parents est une génération perdue, repliée sur ses certitudes. Elle est en train de se retirer et laisse place à une nouvelle génération, consciente, prête à faire des efforts. Les jeunes qui, à 20-30 ans, reprennent des vignes viennent nous voir, nous rencontrer, nous poser des questions, ils viennent pour goûter, pour partager. Ils nous respectent (alors que les vieux, eux, nous détestent). Ça va dans le bon sens, celui de la valorisation de l’appellation.

Lorsque vous parlez de faire revivre des terroirs morts, vous faites allusion à la parcelle acquise pour produire l’appellation Condrieu (un blanc du Rhône 100% Viognier) ?
Alors ça c’est un coup de cœur, un terrain qui vient de la 4e dimension : de beaux vignobles, une belle région. Mais les coteaux de Condrieu, très pentus, c’est de l’équilibrisme. La valeur immédiate du produit, vient du fait qu’il est le fruit d’un combat absolu. Pour moi, faire ça avec soin, passion et amour, c’est une suite logique à notre travail sur le rouge et le rosé, et une chance incroyable. Avoir quelques poussières de Condrieu dans la gamme, c’est un grand plaisir. J’adorerais aussi exploiter à Saint Joseph, si l’opportunité se présente. Une appellation exceptionnelle et pas assez reconnue.

 

Tavel Dame Rousse 2006

Vous êtes situé sur le territoire de l’appellation Tavel, le rosé du Rhône par excellence. On dit même que “du rosé coule dans le sang de Christophe Delorme”. Or, le rosé souffre de nombreux clichés et d’une mauvaise image dans l’opinion générale. Comment travaillez-vous le vôtre ?
Ma mère est née à Tavel, mes racines sont ici. Je me sens tavellois plus que tout autre. En effet, le rosé n’est pas le plus intéressant à produire, mais le plus complexe, celui qui nous échappe le plus. Il existe mille pistes de travail pour améliorer un rouge. Le rosé, lui, est « entre les mains du bon dieu ». C’est lui qui décide de l’équilibre, de la couleur. Dans la tête des gens, c’est un peu un vin facile, pas terrible. Mais j’ai envie de le défendre car Tavel est un terroir exceptionnel. Il a le potentiel pour aller encore bien au-delà : longueurs incroyables, définition, complexité aromatique. Il faut le goûter patiemment comme on goûte un rouge, pour capter ses nuances, ses qualités exceptionnelles. J’ai envie de me de me battre pour ça, le travailler et le faire reconnaître comme un grand vin.

 

Vous donnez beaucoup d’importance à l’explication et la description de vos millésimes. 2007 sera selon vous l’année du raffinement ?
2007 sera un millésime grandiose. Les consommateurs vont adorer. La critique professionnelle, qui juge les vins pour leur capacité de garde, mettra certainement un bémol, car la garde sera moins bonne qu’en 2005. Par contre en termes de plaisir immédiat, c’est tout simplement superbe, gourmand, gorgé de fruit. C’est une année dont la réussite sera généralisée, même chez les gens qui ont des facilités pour tout rater. Mon millésime favori c’est 2005. 2007 est dans l’esprit de 2000 : pas de trame tannique énorme, un vin plein, gourmand. En rosé et en blanc, c’est le meilleur millésime qu’on ait réalisé : il a du grain, de la longueur, beaucoup de finesse. C’est sûr, on va vendre des petites merveilles. On vient de mettre en bouteilles le Lirac Reine des Bois 2006, avec des tannins parfaitement policés, succulent, et bien je me demande si je ne le préfère pas à 2005.

En comparant ce millésime avec celui d’autres régions, vous avez déclaré récemment : “le millésime a été tellement difficile pour les autres régions qu’il faudra clamer haut et fort notre différence”.
L’énorme problème, c’est que le millésime, c’est le Bordeaux qui le fait. Si le Bordeaux n’est pas bon, le millésime est déclaré mauvais. Les producteurs de la Vallée du Rhône (remarquez que je ne dis pas « Côtes du Rhône », qui est une mauvaise appellation) souffrent d’une image dévalorisée auprès de la presse. Quand, en plus, on est Méridional, on est perçu comme pas sérieux. C’est insupportable qu’on nous prenne de haut comme ça, que l’on ne porte d’intérêt qu’aux Bordeaux et aux Bourgogne, en s’attardant, à la limite, sur les vins de Loire, parce qu’ils ne sont pas très loin de Paris. Pourtant, nous sommes capables de faire des grands vins. Pour avoir rencontré de grands vignerons du Bordelais et de Bourgogne, je peux vous dire qu’on n’a rien à leur envier. Nos vins ont des personnalités différentes, et tant mieux.

 

Châteauneuf-du-Pape Reine des Bois

Comment gérez-vous le succès qu’a rencontré votre Châteauneuf, notamment dans le monde anglo-saxon ?
Avant tout, le succès du Châteauneuf permet d’orienter les gens vers le Tavel. Mais personne ici ne nous dira merci, au contraire, nos problèmes ne finiront pas. On n’enflera pas de la tête pour autant. Dans l’univers des grands vins de la région, on est comparable avec les autres. On met un point d’honneur à ce que nos vins soient accessibles, toujours disponibles au caveau de la propriété. On ne se laisse pas aller à la facilité de vendre tout ou aux enchères, à spéculer sur ce succès relatif. Ce serait malsain. Qu’ils soient aisés ou modestes, les amateurs sont conformes à la population : des passionnés et non des spéculateurs, qui veulent boire, découvrir, profiter et non pas revendre.

Vous limitez donc le nombre de bouteilles de Châteauneuf-du-Pape mises à la vente afin de le rendre toujours accessible ?
C’est histoire d’en avoir toujours disponible au caveau. On ne sait jamais, si quelqu’un voit de la lumière et décide de s’arrêter. C’est le BA BA pour recevoir les gens, partager, faire goûter, expliquer. Ça encourage les gens aussi à rester, découvrir autre chose. Notre réputation est construite sur le Châteauneuf. Mais quand on fait gouter autre chose, comme le Tavel, en prenant le temps, les préjugés sont oubliés. Les visiteurs nous disent « on adore ». C’est ça notre récompense : lorsqu’on arrive à convaincre sur les appellations. On ne peut pas toujours être au meilleur niveau. Je fais des erreurs, mais j’aime avoir un regard neuf, faire évoluer, remettre en question, trouver des nouvelles pistes de travail. C’est important de continuer à être dans le peloton de tête et continuer à faire des vins que l’on aime. A ce propos, le concept de la buvabilité, qu’on essaie de nous vendre dans les medias, est une calamité. Sous couvert de cette buvabilité, on boit des vins dilués, plats, qu’on nous dit rafraîchissants. Si vous avez soif, buvez de l’eau ! Il y a beaucoup de trop de superficialité dans tout ça. Mon intérêt à moi est d’être dans les vignes et de travailler dans les vignes. Quand je bois du vin, j’ai envie d’y retrouver un terroir, une matière, une concentration, j’ai envie de sentir que les racines sont allées tirer la quintessence de la terre. Sinon, autant boire de l’Evian. On me dit que j’ai tort, des journalistes me le disent, mais je préfère faire du vin comme j’aime le boire.

Si l’on se penche sur les réalisations de Daniel-Etienne Defaix à Chablis, on a l’impression d’être dans une de ces villes du Far West ou un seul type, visionnaire, possède à la fois le saloon, l’hôtel et l’épicerie. En taillant le bout de gras avec cet homme affable et optimiste, on entre immédiatement en contact avec un personnage généreux de sa personne, bon vivant, fin d’esprit, et ancré dans un terroir qu’il entend bien placer au firmament de la qualité, de la convivialité et de l’accueil.

daniel-etienne-defaix-chablis.jpg

Avant toute chose, Daniel-Etienne Defaix est vigneron. On lui doit notamment le Chablis 1er cru Les Lys. Homme de partage et d’initiatives, il a créé pas moins de 5 endroits qui honorent le vin et son terroir d’origine. Il nous conte un peu de son histoire, à s’en pourlécher les babines.

Comment avez-vous débuté vos activités?
Je suis issu d’une des plus vieilles familles de Chablis, établie il y a 3 siècles et demi et spécialisée dans le vin. Après mes études de viticulture et d’œnologie, je suis revenu au domaine, et j’ai vu que Chablis était une chance pour une commencer une carrière. Par contre, j’ai du acheter mes propres parcelles car ici, la tradition familiale est qu’on n’hérite pas des terres paternelles avant d’avoir fait ses preuves. J’ai construit mes propres caves, juste à côté de celles de mon papa. Nous avions deux exploitations qui vivaient chacune de son coté. Aujourd’hui, je suis installé sur des terroirs historiques. C’est une chance inouïe. Les vins de Chablis sont les premiers crus dans l’histoire. Il y avait peu de vins jeunes, plutôt des vins de grande garde. J’ai repris cette méthode dans les années 80: je leur offre 5-6 ans d’élevage, afin qu’ils acquièrent plénitude et rondeur. Ce sont des vins bons à boire de suite ou à garder. Mais rappelons-nous cette règle cistercienne : « n’est grand vin que celui qui sait vieillir ».

Enfin, une fois mon emprunt remboursé, j’étais décidé à investir. J’ai acheté un immeuble dans la rue principale de Chablis et j’ai ouvert la première cave à vins de vignerons, Le Monde du Vin, en 1987, il y a vingt ans. On y trouve ma propre production, celle du domaine Defaix, ainsi que d’autres bouteilles achetées directement auprès des vignerons.  Nous sommes ouverts 7 jours sur 7. En 2007, nous avons ouvert un bar à vins et nous recevons les passionnés de vin seuls sans rendez-vous, ou en groupe sur rendez-vous. Une bonne façon d’apprendre en dégustant nos crus, nos millésimes, nos terroirs.

chablis-mini.JPG

Vous multipliez différentes réalisations liées à l’accueil (caves, restaurant, hôtel, bar à vins, boutiques gastronomiques..). Dans quelle perspective ?
Lorsque j’ai démarré, Chablis était une ville qui ne savait guère dire « bienvenue ». En effet, le Chablis est davantage un produit d’exportation, plus encore peut être que le champagne. Ne dit on pas, depuis le 17e siècle que “Chablis inonde jusqu’aux Flandres” ? Dans les années 8O, les caves étaient fermées, il n’y avait pas de vins en vente. J’ai voulu essayer de changer les mentalités et les habitudes. Avant toute chose, je voulais dire “bienvenue”. Après 5-6 ans de succès de notre cave, beaucoup de monde à Chablis s’est mis à créer des structures, des lieux. Donc le “bienvenue” s’est étendu, et Chablis est devenu un endroit réellement convivial. Sans doute un peu de jalousie aura été un bon moteur (rires). Je plaisante, là, mais plus sérieusement, derrière la qualité du produit, c’est la communication, le partage, l’accueil, qui forment la base de notre métier. C’est ce qu’on m’a enseigné dans ma famille et au cours de mes études. Le vin c’est avant tout le partage et la communion. Regardez les sommeliers et les vrais cavistes: ils sont le prolongement de notre métier, de sa convivialité, ceux qui continuent de transmettre la bonne parole. J’essaie de voir le vin aussi à travers la relation que d’autres tissent avec lui : pourquoi ils l’aiment ? Comment ils l’aiment ? Mon grand plaisir : j’adore regarder les mimiques faciales des dégustateurs. C’est un dada depuis mes études. J’essaie d’être à l’écoute, de poser des questions sur leurs attentes. Bien souvent, les gens s’enorgueillissent d’y répondre.

Je trouvais aussi incroyable qu’il n’y ait pas de table de qualité, étoilée, à Chablis. Je me suis dis “installons-la, visons une étoile”. Au sein de la jeune Chambre économique, nous avons créé une commission qui fédère des copains vignerons, une quinzaine de maisons sérieuses. Ce n’était pas évident au départ de partager son portefeuille. Nous avons investi dans la restauration d’un vieil hôtel-Dieu abandonné, créé une société, encouragé un chef étoilé au Michelin à nous rejoindre. Une année après, il avait sa maison et une étoile.

Avec tout cela, la qualité est-elle encore accessible ?
J’en suis persuadé. On m’a dit : “l’hostellerie de luxe, c’est bien, mais tout le monde ne peut pas se l’offrir”. Effectivement, si on veut que le vin reste dans l’art de vivre et reste accessible, il faut faire autre chose. J’ai donc ouvert avec un ami hôtelier un autre hôtel, plus accessible, avec un restaurant, un bar à vin, une terrasse, une salle de conférence, et un accès WiFi. Un lit à 60 € la nuit, le repas entre 18 et 25 €, c’est l’hôtel Aux Lys de Chablis. Il est important de s’adapter aux gens pour bien les accueillir. Surtout ne pas faire barrière à l’argent, mais ouvrir son cœur. Une millefeuille de détails, d’attentions, et ça marche, on commence à être connu : des groupes d’œnologie, des clubs d’œnophilies, des adeptes du tourismes viticoles accourent de Suède, du Danemark, de Corée. A tous, je leur dis “be welcome”.

la-cuisine-mini.jpg

Je dois aussi confesser une passion : je suis un fou d’art roman et cistercien. Il y a tout un quartier de Chablis qui date de cette époque, et qui devait être rasé. Or il avait entre 8 et 11 siècle ! J’ai investi, et, comme on dit familièrement, j’en ai pris pour 30 ans. Durant 10 ans, des compagnons ont travaillé sous ma direction pour le restaurer, en faire un centre historique qui soit ouvert au public. Là, dans cet endroit qui traverse les millénaires, j’ai ouvert mon restaurant « coup de cœur » : La Cuisine au Vin. Toutes mes tripes, toute mon âme sont dedans : c’est un resto vigneron dans des caves qui ont mille ans, l’intermédiaire entre le grand luxe et la petite hôtellerie, du genre bistro. Prosper Montagné disait qu’on ne fait du bon qu’avec du très bon : j’ai donc pris un bon chef étoilé venant d’un Relais & Châteaux, car un grand sait toujours faire très bon et plus accessible. On y propose toutes les recettes d’autrefois, au vin, uniquement à base de produits frais achetés au marché matinal. Ce sont des repas préparés à la minute, donc il faut attendre un petit peu. C’est prendre le temps d’une cuisine vraie, sincère. Ce sont de gros investissements, mais je me dis que la qualité paie toujours. C’est le bébé à faire grandir aujourd’hui.

Il est important de préserver tout ça, comme il faut préserver les bons terroirs, la qualité du vin. Je me bats pour un monde de grande qualité. In fine, j’ai décliné des produits du terroir qui allaient disparaître, des plats cuisinés au vin. Il s’agit d’une cuisine qui parfois est galvaudée, faites ailleurs, et que je voulais ramener au pays : la vraie andouillette de Chablis tirée à la ficelle, marinée au Chablis - ce qui lui confère une grande digestibilité ; la moutarde au Chablis, pour laquelle on paie des paysans en bourgogne, un peu plus chers, mais qui font de la graine de moutarde bourguignonne, meulée à la meule de pierre pour éviter l’échauffement des graines , et surtout avec 16% de Chablis au lieu de 7% de vinaigre - elle est très fine, admirable, et déjà en six mois, elle se retrouve dans les meilleures épiceries de France ; les escargots au Chablis – une recette de ma grand-mère.

milly-maxi-small.JPG

C’est une richesse historique mondiale sur laquelle nous vivons tous les jours, un patrimoine culturel de qualité, qu’il est important d’honorer et de partager. Je considère que rien n’est mort. Le ferment est là, tout va bien.